André Beauchamp

André Beauchamp

Beauchamps-Andre

Un témoin qui marque notre temps

« La crise Écologique est la plus importante crise

Éthique de notre Époque! Il y a là  un champ missionnaire fabuleux.

C’est là  que Dieu nous fait

Signe. » (A. B. – Environnement et Église).

Et c’est reparti! Après une courte période de vacances, la huitième saison de nos déjeuners et  témoignages se met en route ce matin du 30 septembre 2009. Cent cinq personnes sont venues : des amis de longue date  habitués de nos rencontres, des jeunes, des retraités, des chefs d’entreprises, des politiciens, artistes, Éducateurs, pasteurs, animateurs de groupes et initiateurs de projet, enfin, des personnes de toutes conditions, formant une grande fraternité où  chacun est accueilli avec chaleur et où il fait bon de se retrouver, sur ce terrain privilégié de l’intériorité et de l’engagement au cœur du monde.

La liturgie du jour fait mémoire de saint Jérôme, un enthousiaste nous dit Mgr Couture,  qualité qui transpire chez tous les passionnés de ce monde, mais qui n’annule en rien les difficultés de leur action. Appliquée à la question Écologique, cette qualité se transforme en responsabilité personnelle et collective : « C’est notre façon de vivre, dit Mgr, qui bâtit ou qui détruit la vie de la planète ». Et jusqu’où peut aller cette destruction? Jusqu’ à permettre l’euthanasie peut-Être? Une chose est certaine : « Sans Dieu, l’homme ne sait où aller et ne pourrait même pas comprendre qui il est ».

Nous accueillons aujourd’hui un témoin prestigieux, monsieur André Beauchamp, « homme de pensée et d’action dit Michel en le présentant, quelqu’un qui a sans cesse cultivé sa pensée pour enrichir son action »; un homme au parcours impressionnant, que la passion garde rivé à un engagement d’exception, lequel habite toute sa vie. Écoutons-le se « mettre un peu à  nu » et raconter sa vie devant son auditoire captivé.

Le témoignage

 

Il se présente comme  un croyant qui a « la foi d’avoir la foi ». Dans la foi  subsiste une incertitude, qui fait qu’on n’arrive jamais à tout comprendre. Donc, « j’essaie d’Être croyant » dit-il, signifiant par-là  que la foi n’est jamais chose définitivement acquise; c’est une réalité qui, en nous, appelle sans cesse à advenir.

Le jeune André Était un enfant « chétif »; mais il aimait s’amuser à sauter du haut des bancs de neige; aujourd’hui il se souvient de ce geste comme d’une expérience de « se lâcher, se lancer dans le vide, dans l’inconnu qui nous attire »; et il est fasciné de sentir combien  son regard sur cette activité enfantine a changé, pour devenir  un grand symbole, une condition de cheminement personnel.

André Beauchamp est prêtre. Il fut d’abord vicaire de paroisse, professeur de philosophie, puis Étudiant à l’Université de Fribourg où il faut apprendre la langue allemande. Il en revient sans le diplôme de théologie convoité, qui lui aurait demandé quatre ou cinq ans d’Étude alors qu’il n’en avait que deux. A son retour, on le rattache à Mgr Paul Grégoire, puis on lui confie la responsabilité de l’Éducation de la foi chez les adultes où il met en marche son fameux projet « Chantier » dont nous nous souvenons tous. Et voilà  que Radio-Canada lui offre un poste d’animateur télé; il accepte mais bientôt un mauvais diagnostic  médical l’oblige au repos. Par la suite, le ministre de l’environnement de l’Époque qu’il connait, Marcel Léger, lui propose de faire une recherche sur l’environnement; il accepte et il est littéralement fasciné par les découvertes qu’il fait.

Le voilà  en contact avec un autre monde; ce chercheur est arrivé au cœur de sa mission; il est d’abord et avant tout, homme de la Terre; le prêtre qu’il est, est obligé de sortir de l’univers d’un curé pour apprendre d’autres rapports à la vie en société et y découvrir et intégrer leur véritable sens. Il deviendra en quelque sorte, le pèlerin d’une croyance, l’apôtre d’un engagement qui relie à la fois terre et ciel, et redonne à l’activité humaine en environnement un nouveau sens, un nouvel avenir. Toute la question  change de couleur! Elle n’est plus seulement une question sociale comme toutes les autres ; elle est pressentie comme l’un des plus grands défis spirituels  de notre temps. A la suite de Teilhard de Chardin qui a magnifié l’Univers, André Beauchamp va développer et livrer au monde  une spiritualité de la Terre : celle de l’alliance des humains avec le Cosmos dont ils sont partie prenante. Son grand défi personnel restera toujours de « ne jamais décrocher de la recherche de foi. »

André Beauchamp est un Écrivain prolifique. Il a déjà  à son crédit plus de vingt-cinq volumes dont le dernier, « L’eau et la terre me parlent de Dieu », sort de presse ces jours-ci. Il a Été pendant trois ans directeur des Éditions Bellarmin; nous le connaissons aussi comme collaborateur du Prions en Église. Mais l’homme de Parole, qui sème à tout vent, incapable de taire ce qu’il découvre, est tout autant homme d’action; la liste de ses engagements est longue; et son action se porte toujours aux points névralgiques de la question, les hauts lieux de décision et de gestion, où il véhicule le cœur de son message que nous résumerons avec humilité.

 La crise de l’environnement est aussi une crise spirituelle. Pour en sortir, il faut transformer notre perception de la place de l’homme dans l’Univers; au-delà  de toute formule, lui réapprendre à respirer la Vie du plus intime et du plus intense de son Être; lui aider à trouver d’autres sources de respiration libre, sans contrainte. Il faut répondre à cette soif de spiritualité, de profondeur, de silence, d’intériorité qui traverse ce siècle qui est le nôtre, et surtout, « redécouvrir notre solidarité avec le Cosmos »;  nous sommes Un avec lui; il n’y a qu’une Vie; la terre à donc un lien avec notre propre corporéité; nous portons les mêmes Éléments que tout ce qui existe et notre corps garde « la mémoire cosmique de la vie! Nous sommes de la même famille », – poussières d’Étoiles a-t-on dit. -. Et dans cette profondeur cosmique de notre Être, il nous est possible, si nous l’habitons, de retrouver la chaleur  de la Présence Créatrice qui habite notre cœur et nous fait aimer ce Monde. Car « on ne  peut sauver que ce que l’on aime ».

On a beaucoup appris, depuis les cent dernières années, sur la formation de la terre et l’Éclosion de la vie. Notre témoin en parle avec les connaissances de l’expert en la matière. Notre petite planète qui aurait quatre milliards et demi d’années, ne serait pas un monde clos sur lui-même, crée une fois pour toutes; au contraire elle est en expansion continue, en train de se distendre, créant ainsi son propre espace. C’est dire qu’elle est toujours en acte de création, de recréation. L’avenir de cette toute petite planète semble bien cheminer tout droit vers l’inédit, la nouveauté, l’accomplissement, une Terre Nouvelle quoi! Cette seule réalité n’est-t-elle pas suffisamment emballante pour rassembler nos Énergies et nous tourner vers l’action? N’aurons-nous pas le gout et la joie d’apporter notre contribution, le bonheur d’y inscrire notre propre empreinte personnelle, si minime soi-t-elle?

Nous résumerons cet appel à l’action par ce court extrait d’un texte de notre témoin, paru dans le Prions en Église de mai 2009 : « Les croyants et croyantes que nous sommes resteront-ils à l’Écart d’une action courageuse? La crise de l’environnement est une crise globale du développement de l’Être humain sur la terre. Depuis un siècle nous faisons collectivement fausse route. Ni la science, ni la course à l’argent et à la consommation ne nous sauveront. Nous sommes dans une crise du bonheur, du sens de la vie. Crise spirituelle tout autant que technique. C’est pourquoi l’on doit parler de conversion, c’est-à -dire d’un changement majeur sinon radical de perspective. Se convertir, c’est changer de route! Le temps est venu de sortir des déclarations pressantes et globales et de mettre en œuvre des  propositions concrètes. La crise de l’environnement est un signe des temps, un des chemins privilégiés par lesquels Dieu nous parle aujourd’hui. Entendrons-nous cet appel »?

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C’est le moment où les travailleurs présents doivent rentrer à leurs bureaux; pendant qu’ils quitteront la salle, Rémi procède au tirage de six volumes de notre témoin : « Église et Environnement ». Puis après avoir fait entendre un beau chant, on  ouvre la période d’Échanges avec le témoin. Ceux et celles qui le désirent sont dont invités à prendre la parole.

Questions  et réponses

 

  1. « Merci de souligner l’importante accordée au silence comme espace de rencontre de soi; et pour un enseignant, quelle serait la meilleure méthode pour créer des liens entre
  2. « ceux qui partent et ceux qui arrivent »?

–         Le silence, c’est le temps de la découverte de la profondeur de soi et de la réalité. Il est essentiel à la vie. Aujourd’hui tout est fait pour  nous tirer vers l’extérieur de soi; et même dans la proximité, on ne se parle presque plus! On parle au cellulaire; paradoxe incroyable dans une société où tout pourrait aider à  façonner la convivialité. Nous devons prendre attention à l’environnement y redevenir sensibles, et réapprendre à  faire des liens. Cette crise nous renvoie au dedans de nous. C’est à partir de là  que se recréeront les liens intergénérationnels  les plus solides et les plus parlants, les plus constructifs.

  1. « Au moment où Guy La liberté, du haut de la station orbitale, s’apprête à lancer un grand spectacle planétaire, comment comprendre le créationnisme? »

–         Le récit de la création est un mythe, donc une représentation qui ne repose pas sur la réalité; une sorte de conte qu’il ne faut pas prendre à la lettre mais dont nous pouvons décoder l’intention Éducatrice. On pense aujourd’hui que le créationnisme, apparu au dix-neuvième siècle,  est une réaction de peur devant une parole neuve qui Écarte toute magie de la réalité; il est une manière de figer cette parole dont le sens ne saurait pourtant jamais Être figé définitivement. Cette nouvelle vision créatrice est celle  d’un Dieu qui crée par amour, dans un geste de pure tendresse et de gratuité; il crée l’homme à son image et en fait son interlocuteur; et son collaborateur; il lui parle et attend sa réponse de louange. Le fondamentalisme, c’est  le contraire de la foi vivante.

  1. « Ont-ils raison, les sceptiques qui nient l’influence humaine sur le réchauffement de la planète? »

–         Il est vrai de dire que des changements climatiques se sont produits avant l’apparition de l’homme sur terre; ce sont des cycles reliés à des accidents de la nature, des phénomènes complexes que nous pouvons Étudier et commençons à mieux comprendre aujourd’hui. Maintenant nous sommes capables de mesurer le degré actuel de pollution atmosphérique dont la montée dépasse les pires scénarios; nous sommes devenus terriblement Énergivores et sommes en train de vider la terre de ses réserves naturelles. Nous pouvons dire avec certitude aujourd’hui que les changements climatiques ne sont pas uniquement le fait ce cycles naturels, qu’ils sont aussi le résultat de la pollution humaine. C’est une dure réalité à accepter; mais nous devons tout faire pour corriger ce qui dépend de nous, et le moindre geste va  compter. Pourquoi ces constructions de maisons toujours de plus en plus gigantesques? C’est quoi alors l’Économie d’Énergie? La solution d’avenir c’est le débat, la recherche, la conscientisation. Il y a à travers le monde un club de 2500 chercheurs actifs, dont l’un des plus Éminents se trouve chez-vous, dans votre ville, Claude Villeneuve; un maitre qu’il faut suivre.

  1. « Au milieu de mentalités si diverses, les unes Écolos, les autres terroristes, comment  intervenir? La simplicité volontaire suffit-elle? »

–         Il y aura toujours des gens qui poussent trop loin la contestation. Le secret d’un changement collectif commence par le débat public : parler du thème ensemble, l’approfondir, chercher; ne pas avoir peur de la controverse, défendre nos convictions et chercher ensemble les solutions de changement. La crise s’Étend sur quatre grands thèmes : la surpopulation, la consommation, la pollution, les inégalités et iniquités. C’est autour de ces grandes questions qu’il nous faut chercher  à  Établir les critères Éthiques qui encadreront  notre vie ensemble et nous garderont vigilants, ouverts sur l’avenir de l’humanité et le bonheur de tous

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  1. « Oui, dans les groupes actifs on sent ce besoin de spiritualité. Mais comment faire la différence entre les vrais prophètes et les gourous? »

–          Ce n’est pas si simple. Un certain scepticisme est de mise devant tout chercheur en même temps qu’une attitude réceptive mais aussi Évaluative. La science ne nous donne pas tout et l’apprentissage du discernement s’impose. Notre société d’information est finalement manipulatrice. Par exemple, quelqu’un qui prend officiellement le parti pour les pauvres, déménage du pays pour ne pas payer d’impôt. C’est l’incohérence! Et nous n’avons souvent que l’humble chemin du retour au réel, l’effort de scruter sa transparence  pour discerner le vrai du faux.

Et c’est la fin d’une belle rencontre. Marie Côté remercie le témoin en exprimant bien ce que tous ressentent. (Voir annexe). Le prochain déjeuner aura lieu le 21 octobre prochain; le témoin sera madame Isabelle Gilbert.  Tous sont cordialement invités.

Anne-Marie Larouche

Septembre 2009