Huguette Le Blanc

Témoignage de Huguette Le Blanc

Mme-Huguette-Leblanc

Mardi le 19 octobre 2010

Dans la présentation de Madame Huguette Le Blanc, Michel Cloutier  cite le  Rabbi Nachman de Breslau : « Rien ne libère autant que la joie. Elle affranchit l’esprit et l’emplit de calme ». Madame Le Blanc dit-il, passionnée de cultures,  a parcouru cinquante-trois (53) pays sur cinq (5) continents. Première laïque au monde nommée « directrice nationale des oeuvres pontificales missionnaires », en mai 2010, le Vatican lui a décerné une des plus importantes décorations  de l’Église Catholique la « Croix pro Ecclésia et Pontifice ».  Michel conclue en disant  que cette missionnaire laïque, mère de famille, enseignante, journaliste, écrivaine, pourrait faire siennes ces par les invitantes de Mère Théresa : « Ne laissez personne venir à vous et repartir sans être plus heureux ».

Madame Le Blanc dira qu’avec des mots fragiles, elle  veut raconter ce que le Seigneur a écrit dans sa propre vie. L’Esprit la remplit de calme. Elle veut partager avec nous la joie, l’enthousiasme et la soif de beauté.

Née en 1943 en Gaspésie, à St-Jean-de-Bréboeuf , elle vient d’une famille nombreuse. Les Le Blanc, parents de son père, sont des gens d’affaire. Sa mère vient d’une famille très religieuse : vingt (20) personnes vivent en communauté.

« Dieu, dit-elle, a un rêve pour l’humanité ». Durant quarante-cinq (45) ans de sa vie, Huguette fut incapable de retenir la joie qui l’habitait. À cinq ans, elle a fait un rêve. Dans un espace immense, elle voyait un homme avec des enfants autour de lui qui étaient très heureux. Elle arrivait de très loin et entendait les enfants rire. C’était extraordinaire ce qui se passait entre lui et les enfants. Arrivée tout près, Huguette  tire sur sa manche deux fois, elle tirait si fort que la manche du manteau de Jésus descendait mais il ne la voit toujours pas. Avec tout son enthousiasme, elle prend son bras et grimpe sur ses jambes et il a craqué : il l’a prise dans ses bras. Ce fut comme une éternité. La main de Jésus se posait sur sa tête,  il lui caressait les cheveux, le visage. Il la dépose et lui dit : tu dois repartir. Il dit cette phrase : va, je vais rester avec toi.

Ce rêve l’a vraiment marquée. Cette phrase est restée en elle. Elle dit : « j’appartiens moi à cet amour. Rien d’autre ne pouvait arriver de plus grand dans ma vie ». Ce songe a fondé sa vie, l’a basée sur la confiance en dedans, lui donnant une sécurité que rien ne peut lui enlever.

En troisième année du primaire, quand elle apprend le Notre Père;  elle qui vivait déjà  une intimité avec le Père se demanda comment on peut dire notre Père quand elle ne connaît pas les autres qui ont le même Père qu’elle. Et devant  l’horizon infini au bord de

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la mer, elle  dit : « Seigneur, un jour je connaîtrai les autres qui t’ont pour Père ». Elle sait déjà que le Seigneur lui fera connaître ceux qu’elle ne connaît pas. Ce jour là est née sa vocation missionnaire.

Elle se dit : « l’immensité de l’amour, est de l’autre côté de  la mer et Huguette, un jour tu vas traverser, le monde est là-bas ». Tous les soirs avant de se coucher, elle disait les premiers mots du Notre Père : papa enveloppe-les d’amour. Toute jeune, chaque jour à l’insu de tous, elle allait à la messe et pouvait manger et vivre de ce Dieu de lumière et d’amour ; elle vivait  la même intimité que dans son rêve. Ça changeait sa vie. Elle vivait l’enracinement au-dedans.

À l’âge de douze ans, elle lit un volume intitulé  Damien après chez les lépreux, qu’un cousin, ayant été Père Blanc d’Afrique, a laissé chez elle. Elle sait que la traversée s’en vient. Elle se dit : « je vais devenir apôtre des lépreux, devenir lépreuse et entrer au ciel lépreuse ».

Déménageant à Québec, le Seigneur lui ouvre les portes du Patro par les prêtres; elle s’occupe des jeunes; « ce fut une grande chance de ma vie, dit-elle,  que de m’occuper des enfants ». Elle les bénissait. C’était sa manière à elle de reproduire les mêmes  gestes qu’elle avait vu dans son rêve. Elle croyait qu’on doit être des êtres lumineux et en questionnant les jeunes, elle voulait leur laisser la chance de le dire.

Huguette  raconte son rêve pour la première fois à l’âge de vingt ans à un prêtre jésuite, le père Jean Bouchard qui lui dit en la bénissant: «  vous pouvez être missionnaire à part entière ». Étant sous le regard de quelqu’un qui existait dans l’Amour, elle entrait donc en Église qui lui faisait parvenir la bénéiction de Dieu. Le pèr Bouchard  lui conseilla de finir  son école normale, et lui dit qu’il la formerait en lui donnant les cours de missiologie au Centre des Jésuites.  Il lui dit : « si tu ne lis pas l’évangile dans la vie des pauvres, même avec des études,  tes diplômes ne te serviront à rien ».

Ses études terminées elle part pour l’Afrique et demeure chez les soeurs  Notre-Dame-des-Apôtres.  À vingt-et-un  ans elle enseigne le français et la catéchèse. Elle passe ses trois mois de vacances à la léproserie aidant à nettoyer leurs plaies. Un jour elle voit à la messe une lépreuse de son âge dont le visage n’avait plus de lèvres, plus de narines, plus de sourcils et après avoir communié, il y avait une telle joie de Dieu qui jaillissait d’elle. À travers les fissures de son corps Huguette voyait la luminosité de La Beauté.  Elle a vécu un bonheur total dans ces trois mois.  Elle a appelé la Beauté et elle l’a trouvée.

À vingt-deux ans, elle a une audience privée avec le pape. Elle se dit : ça c’est le Seigneur qui m’aime comme ça n’a aucun sens. En voyant le pape triste et accablé, elle

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érouve de la compassion envers lui. Elle lui demande pleine de pitié: « comment ça va »? Et c’est un éclat de joie! Il lui demande de lui parler de son père, de sa mère, de l’Afrique. Comme Jésus dans son rêve, elle est près de lui, il lui caresse les cheveux. Le pape lui donne l’Église missionnaire.

Elle voulait voir le monde. Elle dit : « je mendie la beauté aux quatre coins du monde ». Ses expériences l’ont bâti par en dedans.  Elle reste quelques temps au Carmel du Pater à Jérusalem où elle avait été admise et tous les soirs elle dit merci à Notre Père;  elle vit une expérience forte de prière et sent en elle de la place en dedans pour accueillir des vies humaines.

En 1967, l’année de  l’Expo, on vit une crise existentielle. Elle se sent entraînée dans ce mouvement, elle ne sait plus si dans  ce territoire elle pouvait trouver la joie. C’est en couple qu’elle part  pour l’Algérie et elle éprouve le besoin de  retourner au désert. Elle a besoin d’entendre le silence et le souffle humain. Elle dira : « il faut être vivant pour aller vers les autres. Au désert c’est le souffle qui soufflait sur le monde. C’est la cathédrale de Dieu ».  À sa sortie du désert, elle sent l’amour profond de Dieu pour l’humanité et retourne vers le monde.

Huguette a deux enfants; elle  retourne aux études et  travaille pour le sommet de la francophonie. Elle voulait écrire  des livres sur la beauté, elle devient écrivain. Elle publie des romans, reçoit un prix du Conseil des arts du Canada,  fait des conférences en littérature. Huguette devient coordonnatrice du Salon du livre de Québec. Elle écrit avec des mots, mais selon elle,  la vie doit s’écrire avec le sang.

Huguette prie à la manière de Jésus, elle crie vers le ciel. « Que veux-tu que je fasse, Seigneur »? Elle crie comme si elle allait mourir et voulait rejoindre celui qui, dans son songe,  l’a tenue dans ses bras quand elle avait cinq ans. Et vient  une certitude absolue en elle : elle ira à la Propagation de la foi.  Elle y rencontre le Père Cyprien Bouchard et ensemble ils parlent d’Afrique. Il lui dit : « c’est le Seigneur qui t’envoie ». Durant deux ans avant d’avoir un poste, Huguette fait bénévolement  des cahiers d’animation missionnaire. Elle écrit sur la joie, sur l’espérance et on lui demande de parler de la joie et de l’espérance. Elle parle avec enthousiasme de Mgr Jean-Guy Couture, son grand patron, à qui elle demande conseil durant vingt ans.

Elle devient rédactrice en chef de la revue Univers et responsable du service d’animation. Durant des années, elle fut silencieuse sur sa foi. Depuis les vingt-cinq dernières années elle est comme un micro dont le Seigneur se sert. Elle vit une joie totale. Elle porte maintenant la bonne nouvelle à l’étranger. « Nous sommes missionnaires comme baptisés, dit-elle  et nous avons la grâce d’être au coeur  de l’Église par notre participation ». Elle a visité beaucoup de pays, elle a une vision de l’Église. Elle se sent

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chez elle dans une Église structurée. Elle donne la parole aux gens qui donnent leur vie, transmettent l’évangile aux quatre coins du monde.  Elle dit : « la structure de l’Église et tous ceux menant la barque, c’est ma maison, ma vraie identité ; je suis fille de l’Église et ils me disent la beauté du monde ».

Elle prêche deux, trois mois de retraite par année en plus de son travail de plus de quarante  heures par semaine. Elle a la grâce du Seigneur. Pour parler une heure, elle prie et fait silence dix heures. Elle a cette confiance indéracinable en l’Esprit Saint.  Elle dit : « je mets le micro à ON et je ferme les yeux. Plus je m’abandonne, plus il passe. » Elle veut devenir un feu qui allume d’autres feux.

Dans l’oeuvre  de St-Pierre Apôtre, elle reçut comme une bénédiction. Elle pouvait parler du sacerdoce, quarante ans après son expérience à Jérusalem. Les prêtres qui ont été ses grands amis furent soutenus par cette oeuvre. Un jour elle reçoit un appel des Mgr Drainville et Moreau,  du diocèse d’Amos qui lui demandent de prêcher aux prêtres. Elle parle de l’autorité de l’Amour qui se met en marche. Elle dit : « si je pouvais révéler le secret de Dieu dans ces coeurs qui ont un tel amour du Christ.».

Cette Église-là, l’Église universelle elle est à aimer à la folie. « Je cours vers l’évangile, dit-elle, vers la récompense promise. Je voudrais écrire avec ma vie ce que Jean Bouchard a écrit. Je n’ai presque plus de place en moi pour moi. Je souhaite que le Seigneur prenne toute la place. Nous sommes des tabernacles vivants, dans l’unité par la douce Trinité, cette unité intime permettant la solidarité ».

Huguette eut un bonheur total avec le Christ et elle l’a proclamé. Elle nous souhaite de revêtir en nous nos êtres de lumière, d’être des êtres fissurés dans nos milieux, de garder la conscience vive, de conduire ceux que l’on côtoie à désirer vivre avec la parole de Dieu.

Elle demande au Père que nous soyons un, que nous appartenions au Christ qui nous donne l’Esprit pour conduire son peuple jusqu’à  la fin et elle se souhaite et nous souhaite de mourir dans la joie.

Françoise remercie notre témoin en lui disant qu’elle demeure « confirmée et certifiée » de la Présence de  l’Esprit-Saint pour ce flot d’humanité et d’humilité déferlant sur les petits et les pauvres.

Par Rachel Duplain