Claire Lavoie

Témoignage de Claire Lavoie,

le 17 novembre 2010

Dans son homélie, Mgr Couture parle du texte d’évangile sur la parabole des talents qui est un enseignement. Dieu attend de nous, dit-il, que nous travaillions à faire grandir son Royaume selon ce qu’il nous a confié, en le partageant, en témoignant de sa présence, en aidant nos soeurs et nos frères à prendre conscience de cette richesse. En commentant la parabole des talents, le Pape Benoît XVI disait que c’est en les partageant que nous pouvons faire fructifier les talents que nous avons reçus. A la fin des temps, à  la reddition des comptes, Dieu nous demandera ce que nous avons fait de nos talents. Il nous demandera : qu’as-tu fait : De ta vie? Du trésor de ton baptême? Des grâces que tu as reçues? Des sacrements? Du pardon que je t’ai offert? De mon Corps et de mon Sang offerts pour la vie du monde?  Le Maître n’accepte pas la paresse de celui qui enfoui ce qu’il a reçu pour le rendre sans l’avoir fait fructifier. Il veut nous voir contribuer à ce que tout ce qu’il a créé se retrouve harmonieusement disposé autour de son trône de gloire.

Simone Arseneault nous présente Claire agente de pastorale pour le diocèse de Chicoutimi, ayant obtenu  un baccalauréat en enseignement et un certificat en sciences religieuses. Les mouvements d’Action Catholique et le Centre du Lac Pouce lui permettent de vivre une expérience spirituelle la conduisant à travailler auprès des jeunes et dans différents dossiers sociaux dans notre région et au Chili comme missionnaire laïque associée avec les Père des Missions Étrangères. Présidente de la Fondation du Lac pouce et Présidente du Conseil d’administration des mouvements d’Action catholique pour notre région, Claire est avant tout une animatrice qui eut l’occasion d’animer plusieurs congrès régionaux et provinciaux.

L’histoire des  « OUI dans ma vie et l’éclairage par la Parole ».

C’est ainsi que Claire présente son témoignage. Dernière d’une famille de sept enfants, Claire fut marquée du fait que ses parents se sont toujours préoccupés des pauvres. Ses parents, de bons catholiques, étaient tous deux membres du Tiers-Ordres, son père faisait partie de la ligue du Sacré-Coeur, était membre de la St-Vincent de Paul et sa mère était dame de Sainte-Anne. Elle raconte, selon son souvenir d’enfant, qu’à chaque année, une vieille madame laide et ne sentant pas bon venait vendre des affaires. Sa mère n’ayant pas d’argent à lui donner l’invitait  à dîner disant qu’il ne fallait jamais refuser de donner à manger à des personnes qui avaient besoin.

Un événement qui a tout changé dans sa vie fut qu’à 19 ans elle fut engagée comme monitrice au Lac Pouce. Sa première réaction qui fut d’être  fière d’avoir été acceptée alors que sa soeur aînée fut refusée l’année précédente fut vite remplacée par la peur d’y aller, étant plutôt gênée,  ne connaissant personne et n’y étant jamais allée. Sa mère l’aida à quitter le nid familial. Elle fut touchée au coeur  au plus profond d’elle-même par une douzaine de jeunes filles de 14-15 ans vivant tellement de problèmes. En les accompagnant, comme elle a pleuré cet été là. Elle découvrait pour la première fois de sa vie que la pauvreté et l’injustice existaient, qu’elles avaient un visage, un nom. Elle se rappelait cette femme pauvre accueillie par sa mère et la comprenait davantage.

Pour vivre tout cela, vivant sa théologie pratique, elle est entourée par des personnes formées en théologie : Jacques Tremblay, Pierre Boisclair, Maurice Tremblay, Clermont Guy, André Boudreault, Gérald Collard, Michel Gagné, Michel Desbiens, réunies par Gérald Linteau. Avec eux, elle comprenait le message : aime ton prochain comme toi-même. Ensemble ils prenaient des temps pour prier, célébrer leur foi de façon dynamique, se donnant du temps pour les questions, les doutes, les rires. Le Christ venait de lui toucher le coeur  et il lui disait qu’il avait besoin des ses mains, de ses pieds, pour agir dans le monde et construire son Royaume.

Elle fut touchée par le rêve profond que si un jour toutes les personnes qui se disaient chrétiennes, se levaient en même temps, le même jour pour dire non à la guerre, non aux abus de pouvoir, non à l’injustice, non à l’exploitation, qu’on pourrait changer le monde ensemble.

Ayant travaillé quelques années à Chapais et à St-Bruno au Lac St-Jean, après des études à l’université Laval en enseignement primaire avec spécialisation en éducation physique, elle fut interpellée par André Boudreault, Françoise Gagnon et Gérald Linteau pour travailler à la  JEC comme permanente; elle accepte, sachant qu’elle y travaillera de façon précaire, recevant la moitié de son salaire et n’ayant plus droit au fond de pension d’une enseignante.

À la JEC, elle découvre que la pauvreté n’était pas seulement une question de parcours, de malchance inévitable, dont les causes relevaient de la paresse de la personne, de l’ignorance, d’un manque de génie mais plutôt d’une organisation sociale qui favorisait l’enrichissement des plus riches au détriment de plus pauvres. En même temps, elle commençait à aller plus loin dans sa foi découvrant un Jésus, fils de Dieu complètement homme. Un Jésus qui a découvert sa mission au fur et à mesure que Dieu la  lui révélait et l’accompagnait. Un Jésus qui avait pris parti pour les plus pauvres, les exclus, les marginaux. Un Jésus qui avait pris de la distance face à ‘institution. Un Fils qui a suivi les pas de Yahvé, qui avait vu la misère de son peuple en Égypte, qui avait prêté l’oreille à sa clameur. Ce Jésus qui évaluera notre amour pour lui par le verre d’eau, le vêtement, la visite que nous aurons faits.

Grâce à Forent Villeneuve, elle découvre l’importance de l’engagement sociopolitique du chrétien dans le monde. Isaïe  nous dit : ne savez-vous pas quel est le jeune qui me plaît? Oracle du Seigneur Yahvé: «rompre les chaînes injustes, délier les liens du joug, renvoyer libres les opprimés, biser tous les jougs; partager ton pain avec l’affamé, héberger les pauvres sans abri, vêtir celui que tu vois nu et ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair». Elle découvre la théologie de la libération et entend parler de Mgr Romero.

Avec des amis, elle met sur pied une maison d’accueil pour des jeunes adolescents placés par le service social, accueillant de 1980 à 1990 plus d’une vingtaine de jeunes. Cette expérience qui, dit-elle, comble son besoin d’avoir des enfants et  lui permet de faire l’expérience de ce Dieu proche au quotidien; ensemble, ils mettent aussi sur pied une communauté de base ou,  une fois par mois, ils se réunissent pour célébrer leur foi, vivant l’expérience des premières communautés chrétiennes, ce qui fut très inspirant pour elle.

Ces «OUI» la conduisent à la pastorale jeunesse et à  la  pastorale sociale ou elle a travaillé avec Georges Tremblay, Laurent Harvey, Michel Desbiens. Ils préparent des outils pour sensibiliser des chrétiens, chrétiennes du diocèse sur l’importance de la dimension sociale de notre foi par la priorité diocésaine d’une Église en mission avec les plus démunis. Elle est prend connaissance des écrits des papes dans Rerum Novarum : «  Ce combat pour la justice n’est pas pour les chrétiens un choix qui leur serait offert. Il fait partie intégrante de l’annonce de l’Évangile au monde. » Elle travaillera avec différents groupes communautaires, des gens de syndicats, des travailleurs et travailleuses du CLSC, essayant humblement, dit-elle, de remplir une part du mandat donné par Mgr Couture : celui d’être « présence gratuite d’Église au coeur  du monde, d’être témoin du Christ dans le monde » .

Après avoir participé au centenaire de Rerum Novarum à l’université Laval, elle fut bouleversée par une parole d’un intervenant  disant que, dans les pays en voie de développement,  quand tu travailles avec une femme, tu travailles à éduquer toute une famille. Elle est portée par une parole : «Va, quitte tout et suis-moi ». Elle chemine avec l’équipe du laïcat missionnaire, et elle dit   « OUI »  au Chili, laissant dans les pleurs ceux et celles qu’elle aime, voyant les défis à réaliser : apprendre une nouvelle langue à 40 ans, s’acclimater à une nouvelle culture, vivre avec des inconnus. Cette expérience lui permet de nommer Dieu présent et actif dans sa vie. Voyant comment Dieu s’occupe d’elle personnellement à tous les jours, elle vit cette parole : « pas un seul cheveu ne tombe de notre tête sans que Dieu soit au courant. Je serai avec vous tous les jours. »  Durant trois ans, elle vit l’expérience d’être accompagnée spirituellement et voit combien Dieu a besoin de toi pour faire  connaître son Amour. Dans ces trois ans elle vit l’expérience du détachement au plus profond de ses trippes, par le décès du bébé de son amie, par le décès d’une grande amie, par sa maison inondée au déluge, par le décès de sa nièce de 21 ans. Devant  ces épreuves, elle se sent comme Job; elle avertit Dieu qu’elle le quitte s’il n’arrête pas de lui envoyer des épreuves. Et elle entend vraiment Dieu lui dire : « N’aie pas peur Claire, si tu m’amènes avec toi tout ira bien, je serai avec toi dans ces moment très difficiles. »

À son retour au pays en 1997, parlant de ce qu’elle a fait là-bas, Claire dira qu’elle a bien plus appris que ce qu’elle a donné, qu’elle a aimé et a été aimée et c’est ce qu’elle veut continuer de faire ici. Ces «OUI» seront de rendre service en travaillant à la reconstruction du chalet du Centre du Lac Pouce, d’être à la direction générale pour trois ans, de travailler au financement du Diocèse, d’être adjointe aux ressources humaines, de finir d’être répondante des AOL pour le diocèse. À travers cela, se sentant impuissante pour ces défis-là, elle découvre le travail de l’Esprit, elle s’abandonne à LUI et lui fait confiance. Claire termine ce témoignage en remerciant profondément Mgr Couture d’avoir cru à cette portion d’une mission d’une Église au coeur  du monde.

Francoyse remercie Claire pour son 360 degrés de OUI en Jésus-Christ-Roi qui n’a cessé de l’interpeler, dans pour sa «OUI nite» à la vie, dans son implication auprès des jeunes, dans sa formation, dans son accompagnement du pauvre, dans son implication en Amérique du Sud dans notre diocèse et dans les défis de reconstruction sous toutes ses formes.