Une Rencontre transformant

Une Rencontre transformant

Dans l’Évangile de ce dimanche Jean fait mention que des Grecs veulent voir Jésus. Ils adressent leur demande à  Philippe, un des apôtres. Celui-ci se tourne vers André et ils se rendent ensemble jusqu’ à  Jésus pour lui transmettre cette demande qui lui est adressée. Dans ce texte de St-Jean (12,20-33), l’accès à  Jésus passe par les disciples. Il nous est donc permis d’en déduire que la Bonne Nouvelle ne peut Être transmise que de personne à  personne, que par ceux qui en premier ont vécu une rencontre signifiante avec Jésus. Philippe et André sont de ceux-là. Ils ont cru en Lui, et surtout au message d’amour qu’Il Était. Car, l’Heureuse Nouvelle se vit essentiellement dans cette Rencontre avec le Christ. C’est seulement à  partir de cette Rencontre personnelle et non pas à  partir de nos idées sur Dieu, qui sont dans si souvent remplies de faussetés, que nous pouvons nous mettre en route vers le meilleur de nous-mêmes.

Jésus est l’ultime témoin du Dieu vivant. Il vient nous indiquer le chemin vers notre cœur profond, lieu véritable où peut se vivre la Rencontre avec le Père. En «fréquentant» Jésus, nous pourrons apprendre de lui comment descendre en nous pour mieux nous rencontrer dans la vérité de qui nous sommes. Toutefois, si la descente nous semble longue et pénible, rappelons-nous qu’il ne peut y avoir de résurrection sans passage. Il n’y a pas de honte à avouer que ces passages successifs nous rendent à  certain moment dans un État trouble, et nous font hésiter à  aller plus loin. Mais rappelons-nous que Jésus lui-même est passé par là : devant son heure venue, il est bouleversé. Il est tenté de fuir cette confrontation extrême entre la lumière divine qui l’habite et les ténèbres qui l’entourent. C’est seulement en descendant en lui-même qu’il parvient à se ressaisir et à  choisir résolument d’affronter ce qui l’attend.

Pourquoi nous Étonner de nos résistances? Pourquoi nous accabler devant nos peurs qui freinent notre descente? Jésus a lui aussi traversé ces moments de trouble intérieur. Pourquoi nous surprendre face à  nos propres périodes d’incertitude et d’hésitation, face aux choix difficiles que nous avons à  faire? Notre crainte est bien humaine, n’en soyons pas gênés, comme si cela disait un manque de foi. Ces mouvements douloureux font partie du mouvement pascal, de la dynamique qui prépare le cœur au renoncement et au don de lui-même. Rien, ni personne, ne peut nous garantir que nos traversées seront agréables ou rapides. Il nous faut garder en mémoire que la croix demeure plantée en terre, et que c’est dans notre terre bien humaine que se vivra la succession des traversées où nous vivrons les passages de la mort à  la vie. C’est pourquoi nous devons sans cesse garder en mémoire que Dieu nous ne laisse pas descendre seuls pour affronter les «esprits mauvais» qui hantent notre cœur. Comme avec son Fils Jésus, il se fait présent inlassablement pour nous aider à  traverser ces passages obligés qui conduisent toujours à  un plus de vie.

Un jour ou l’autre, il nous faut consentir à  mourir à  ce que nous ne sommes pas. C’est là  une condition essentielle pour entrer dans notre véritable identité. Le renoncement à  nos «vieux vêtements» souillés qui cachent notre beauté et à  nos «noms empruntés» qui faussent notre identité, est notre mission la plus urgente dans laquelle il nous faut nous consacrer avec le Christ. Cependant, notre mission primordiale sera toujours celle de nous revêtir de notre beauté pour qu’en nous, comme en Jésus, le Père puisse Être glorifié! À ce moment-là, il nous sera donné de porter du fruit en abondance car répandre la Bonne Nouvelle ne sera plus une idée, un programme, mais le fruit de la Rencontre avec Quelqu’un qui nous connecte au meilleur de nous-mêmes et nous fait devenir des témoins habités par cette Présence divine qui nous recréée sans cesse.

Judith Vézina, Rocher Spirituel

Publié dans Mars 2009