Denis Côté

Intervention de l’abbé Denis Côté

tenue le 18 octobre 2016

lors du déjeuner  RSIP-témoignage Saguenay

L’importance renouvelée pour les chrétiens de témoigner dans notre société actuelle.

 L’Esprit-Saint, un Souffle pour aujourd’hui 

Le miracle de la Pentecôte peut-il se reproduire ? Peut-il encore venir propulser les notre Église et nous stimuler à sortir, à aller vers l’autre? Ce n’est peut-être pas la peur qui nous emprisonne, comme les disciples au Cénacle, mais, comme le mentionne La Joie de l’Évangile :

« Le pessimisme, le fatalisme, la méfiance. Certaines personnes ne se donnent pas à la mission, car elles croient que rien ne peut changer et pour elles, il est alors inutile de fournir des efforts. Elles pensent ceci : “Pourquoi devrais-je me priver de mon confort et de mes plaisirs si je ne vois aucun résultat important ?” » (EG 275).

L’audace des premiers chrétiens animés du feu de l’Esprit Saint, on la retrouve dès les premiers mots de la 1ère lettre de Jean (1, 1-2a) :

 1.Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons.

2 Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons vue, et nous rendons témoignage

Témoins oculaires, la plupart des apôtres ont vu Jésus Christ. Tous les autres qui se sont succédés depuis les apôtres jusqu’à nous  sont aussi des témoins, même s’ils n’ont pas vu Jésus Christ. Ils sont témoins car ils ont reçu quelque chose qui les a touchés, et leur vie en a été changée, transformée. Malgré les défis que nous rencontrons actuellement, je crois que le vent de Pentecôte peut à nouveau nous envahir.

Dans le monde où nous habitons, pourquoi ne pas faire appel à l’Esprit, pour qu’il nous aide à faire mémoire de ceux et celles qui avant nous, ont ensemencé l’Évangile sur notre terre : Saint François de Laval, Sainte Marie de l’Incarnation et Sainte Marguerite Bourgeois, mais aussi de tant d’autres qui ont contribué à implanter l’Église de Jésus chez nous. Les défis qui se présentaient à eux étaient immenses, démesurés.

 Pourquoi ne pas reprendre leur geste, avec la même audace, le même goût de l’aventure, la même foi, et témoigner de Celui qui nous habite, qui nous meut. Notre Église est fondée sur la mort et résurrection du Christ, mais aussi sur le témoignage : ce que j’ai reçu je vous l’ai transmis, nous dit S. Paul. (La Bible est remplie de témoignage de ceux et celles qui ont fait la rencontre de Dieu et du Ressuscité).

Manières de témoigner

Il y a 3 manières de témoigner : par les actes (par exemple en s’engageant dans le service d’autrui), par la parole, et par la manière d’être. Cette 3ème manière est aussi importante que les deux premières : la joie que Dieu a placée dans le fond de notre cœur, elle ne se dit pas, mais l’autre la « sent », elle peut être contagieuse même sans en parler.

Ces trois manières – parole + actes + être – doivent être cohérentes entre elles. C’est ce qui donne leur force. A contrario, s’il y a incohérence, il y a contre-témoignage.

Témoigner ne consiste pas à faire de grands discours en public, mais à partager un trésor que nous avons reçu dans notre vie de tous les jours: avec un membre de sa famille, un voisin, un ami, un collègue de travail. Il ne s’agit pas non plus de chercher à convaincre l’autre, mais à dire ce que Dieu ou le Christ, ou la Parole de Dieu, a fait de beau dans ma vie.

L’expérience le démontre: beaucoup de personnes qui se tournent vers la foi chrétienne le font suite au témoignage d’un proche.

Si je vous demandais, comment êtes-vous venus à la foi, la réponse des uns seraient : mes parents, «je suis tombé dedans», mais un jour ou l’autre j’ai dû faire moi-même le choix du Christ ; ou d’autres encore : j’ai vécu un événement-source, déterminant qui m’a conduit à la rencontre du Ressuscité ; ou d’autres encore diraient, j’ai rencontré une personne-témoin (témoignage d’autres personnes, en paroles et en actes). Un témoin ! Pourtant, la plupart des gens n’ont pas une vie merveilleuse ou éclatante à raconter, ni un parcours sans faute dans le domaine de la foi ; mais leur témoignage inspire, invite, éclaire, met en route …

Qu’est-ce qu’un témoin ? 1. Ce que l’on attend d’un témoin.

Les qualités essentielles d’un témoin sont fonction de ce qui est attendu de lui. En matière de justice, un témoin est une personne en présence de laquelle s’est accompli un fait et qui peut l’attester avec exactitude.

Une lampe-témoin est un dispositif de contrôle. En général, c’est un voyant lumineux. Un témoin sert de repère et de point de comparaison.

Dans le mode du sport, le témoin est un petit bâton que se passent les coureurs. Dans tous les cas qui viennent d’être cités, la FIABILITÉ est la qualité essentielle requise pour un témoin.

C’est la raison pour laquelle Christ est le « témoin » parfait.

Il se présente comme l’Envoyé de Dieu, son témoin fidèle. « Ce que je vous dis ne vient pas de moi. Cela vient de mon Père qui me l’a révélé », disait-il à ses apôtres et, devant Pilate, il proclamait : « Je suis venu pour rendre témoignage à la vérité ».

Et il demandera à ses disciples d’être ses « témoins jusqu’aux extrémités de la terre ». À travers les âges et portée par de nombreux témoins, cette Bonne Nouvelle est parvenue jusqu’à nous. Aujourd’hui, à notre tour, nous avons à être les témoins de cette  Bonne Nouvelle.

De la réception à la Transmission

« Je vous ai transmis en premier lieu ce que j’avais reçu moi-même »  saint Paul (1 Co 15,3).

La transmission c’est d’abord ce mouvement qui porte à faire partager aux autres, notamment à la génération suivante, ce qu’on a soi-même reçu de bon, de précieux pour construire et orienter sa vie. La transmission est portée par cette conviction que ce qui est essentiel pour moi, peut l’être aussi pour ceux et celles qui vont suivre. Pour le chrétien, c’est l’expression d’une reconnaissance pour l’Évangile qui a été transmis, et c’est la responsabilité baptismale de le faire connaître. (Responsabilité de toute personne baptisée) Cette bonne nouvelle n’a pas été inventée par le témoin, il ne l’a pas fabriquée, mais il l’a reçue et il a vocation maintenant de la transmettre.

Nous sommes des ouvriers envoyés à la moisson, envoyés en mission pour témoigner de ce que nous avons vu, entendu et touché à notre tour du Verbe de Vie.

C’est le peuple de Dieu, dont nous sommes les membres,  qui est le sujet de l’activité missionnaire de l’Église. Celle-ci est donc appelée à reposer sur toutes les personnes baptisées :

« En vertu du Baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire (cf. Mt 28, 19). Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation (…) Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires ». Si nous n’en sommes pas convaincus, regardons les premiers disciples, qui immédiatement, après avoir reconnu le regard de Jésus, allèrent proclamer plein de joie : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). La samaritaine, à peine eut-elle fini son dialogue avec Jésus, devint missionnaire, et beaucoup de samaritains crurent en Jésus « à cause de la parole de la femme » (Jn 4, 39). Saint Paul aussi, à partir de sa rencontre avec Jésus Christ, « aussitôt se mit à prêcher Jésus » (Ac 9, 20). Et nous, qu’attendons – nous ? « (EG 120)

Donc, l’évangélisation (la 1ère annonce, le témoignage de notre foi),  est donc la responsabilité de tous.

Inviter à Relire son expérience de vie

Dieu parle à travers la vie humaine, il parle à travers nos vies. L’histoire de chaque personne, sa mémoire, son corps, son cœur sont les lieux où la Parole prend chair, là où elle est reçue et de ce lieu d’où elle est transmise. Nous devenons un signe vivant du Christ, une parole agissante de Dieu pour tous et toutes. C’est Dieu qui veut parler à nos frères et sœurs par nos vies. Nous devenons désormais ceux et celles par qui la Parole retentit avec force à travers ce que nous sommes. La vie humaine est d’abord le sacrement de Dieu lui-même et de sa vie communiquée. « Nous sommes les sacrements de sa présence » puisque l’humain que je suis, est créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance. Sacrement de la personne, le corps prononce et reçoit une parole; bien plus, il est une Parole. Notre personne, comme nos mots révèlent de manière visible la grâce invisible du Verbe fait chair.

Ce que nous disons, même dans la pauvreté de nos mots peut être décisif pour une personne; ce que je dis, ce que je suis, ce que je fais peut transformer une vie. C’est l’impact du témoignage.  Le témoignage est inscrit dans les « gènes » de notre foi. Nous le portons en nous, il est constitutif de notre vie baptismale. « Quant à nous, il nous est impossible de nous taire sur ce que nous avons vu et entendu » (Actes 4,20).  Nécessité des apôtres à transmettre, d’annoncer, de dire … « Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile » (1 Co 9, 16).

Pourquoi témoigner ? 

Nous pouvons témoigner par simple obéissance au commandement du Christ : « vous serez mes témoins ». Ce commandement est de même nature que : « vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ».

Nous pouvons aussi témoigner par reconnaissance. Reconnaissance pour Dieu et tous les bienfaits qu’Il nous a déjà donnés. Reconnaissance aussi pour les hommes et les femmes qui nous ont précédés dans la chaine de témoignage. D’ailleurs, si nous sommes là aujourd’hui, si nous sommes membres d’une paroisse, si nous sommes engagés sur le chemin de la foi, n’est-ce pas grâce à des témoins ? Grâce à une grand’mère qui nous a partagé sa foi quand nous étions petits, ou un pasteur qui nous a touché dans une prédication, ou une amie qui nous a dit un jour : « viens et vois ! » ?

Une troisième raison de témoigner est tout simplement le plaisir de partager un trésor que j’ai reçu. C’est comme si j’avais été émerveillé un soir par le coucher de soleil au dessus du lac, et que je dise à mon conjoint : « ce coucher de soleil était magnifique ! Il m’a touché par sa beauté. Viens le voir avec moi ! »

Une autre raison pour laquelle il est nécessaire de témoigner, c’est pour que nos Églises locales soient dynamiques et rayonnantes de l’Évangile dans leur environnement. La pratique du témoignage au quotidien est un élément essentiel, pas nécessairement visible, de la vitalité d’une communauté.

À l’invitation du Pape François, il nous faut remettre au premier plan le caractère missionnaire de l’Église, il nous faut retisser les liens avec la période missionnaire qui a marqué notre Église, alors que tout était à inventer et à créer : « La mémoire des missionnaires nous soutient au moment où nous faisons l’expérience de la rareté des ouvriers de l’Évangile. Leur exemple nous attire, nous pousse à imiter leur foi. Ce sont des témoignages féconds qui engendrent la vie ! » (Pape François, Homélie, 12 octobre 2014).

La mission appartient à la nature même de l’Église. Annoncer la Parole de Dieu et en témoigner dans le monde sont essentiels pour chaque baptisé.

Pour les chrétiens, c’est un privilège et une joie que de rendre compte de l’espérance qui est en eux et de le faire avec courtoisie et respect (cf. 1 P. 3-15).

Jésus-Christ est le témoin suprême (cf. Jean 18, 37). Le témoignage chrétien est toujours un partage de Son témoignage, qui prend la forme de l’annonce du Royaume, du service du prochain et du don total de soi, même si cela n’est pas toujours facile.

Le témoignage de foi que tout chrétien est appelé à donner, implique d’affirmer, comme saint Paul : «je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. » (Ph 3, 12-13).

Denis Côté Octobre 2016

Publié dans 2016, Déjeuné