Jean-Paul Simard

TÉMOIGNAGE

(Hôtel Le Montagnais)

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Jean-Paul Simard

Monseigneur Couture,

Chers ami(e)s

Petit mot d’introduction:

L’une des grandes pertes de ma vie remonte à mon enfance : la perte de ma mère.

J’ai cherché ma mère toute ma vie. À 72 ans je la cherche encore.

Je l’ai cherché dans :

1·         la musique : 7 ans de piano classique. Écouter de la musique (Mozart, Chopin, Bach, une passion pour moi)

2·         l’alcool : a quelque chose de maternel : chaleur enveloppante, convivialité, etc. Malheureusement elle se révèle rapidement non pas une mère mais une marâtre.

3·         l’église : ne dit-on pas «notre mère la sainte Église»?

Je peux dire que, très tôt, j’ai été un homme d’Église. J’ai  servi la messe dans mon enfance (5 cents pour les messes ordinaires et 10 pour les grands-messes)

Le sacristain.

Enseignement  ̶  retraite

J’ai enseigné pendant 35 ans, ça été une passion.

Quelques années avant ma retraite, je nourrissais secrètement un rêve: devenir avocat. Je voulais à ma retraite aller étudier au barreau.

Et alors qu’est-ce qui fait que je n’y suis pas allé? La réponse que je vais vous donner est déterminante dans ma vie.

Un jour j’ai rencontré le Père Simon Dufour à l’Université du Québec. Je le consultais concernant un manuscrit que je venais d’écrire. Je ne le connaissais pas. J’étais à son bureau, nous parlions et à un moment donné il m’offre de m’inscrire à ses cours à l’Université. Je demande une semaine de réflexion, puis je reviens le voir pour lui dire que j’acceptais.

Ce qui fait que j’ai obtenu un diplôme de 3e cycle en anthropologie spirituelle, mais avec une majeure en théologie.

Je me suis longtemps interrogé sur ce choix si contraire à celui que j’avais planifié, si différent du barreau. Je me disais «Seigneur, je ne comprends pas. Qu’est-ce qui arrive dans ma vie?»

Puis, un jour, j’eus une réponse…

En pleine conférence que j’étais en train de donner, j’eus une illumination : c’est comme si Dieu me disait«Jean-Paul, tu veux défendre des causes, tu vas défendre ma cause.»

Expérience des catéchèses

Une belle période de ma vie.

L’initiation sacramentelle

Avec Mgr Léonce Bouchard épique.

Les catéchèses du mercredi

Supporté par un comité extraordinaire : Ginette, le diacre Yvon Imbeault, mon garde du corps (quand il est devant moi je disparais comme une éclipse de lune devant la terre) et autres personne sous la présidence d’honneur de Mgr Jean-Roch Godin à l’église St-Antoine.

Le thème : «Dire la foi autrement».

Dans l’esprit de ce que Jean-Paul II appelait la «nouvelle évangélisation» : annoncer au monde d’aujourd’hui le même Évangile dans des conditions et avec des approches nouvelles.

Une approche anthropologique : au lieu de partir de la théologie, de la révélation, de la foi, je partais d’une problématique de la vie et j’allais chercher des réponses en théologie, dans la Bible, en psychologie, partout où il y avait des réponses intéressantes.

Entre 30 et 35 personnes venaient régulièrement sur une base volontaire. Ça duré près trois ans.

Puis, j’ai dû abandonner, car j’avais un projet de vie avec une personne.

Mais quelque chose me chicotait continuellement : les personnes qui venaient étaient déjà acquises à la foi, mais celles que je voulais atteindre n’étaient pas là, celles qui avaient décroché.

VOLUME : Comment renouer avec Dieu ?

C’est la raison qui a légitimé l’écriture de mon prochain livre qui paraîtra en mars prochain et qui s’intitule Comment renouer avec Dieu? Permettez-moi d’en dire quelques mots, car cette démarche est inséparable de mon cheminement dans la foi.

En d’autres termes, l’état actuel de ma foi et ma préoccupation première en ce domaine sont fortement tributaires du climat socioculturel et religieux dans lequel ils s’insèrent.

Il y a quelques années, j’ai fait le constat que beaucoup voudraient revenir à Dieu, mais dans un horizon nouveau!

Jai beaucoup réfléchi aux questions :

1·         Quelle est la foi qui réconcilie avec Dieu?

2·         Comment redonner aux gens le Dieu auquel leur âme aspire?

3·         Qu’est-ce que la foi apporte de plus à l’être humain?

4·         Pourquoi voué sa vie à Dieu?

5·         Pourquoi croire en Dieu ? Qu’est-ce que Dieu apporte de plus? Pourquoi vouer sa vie à Dieu plutôt qu’à  Bouddha, Marx ou Madonna?

Après la période d’abandon de Dieu et de la pratique religieuse, je crois que nous sommes arrivés à l’ère du renouement avec Dieu.

Dans le contexte socioculturel et religieux de notre époque, Dieu a perdu sa signification, sa raison d’être, sa pertinence. On se demande maintenant quelle peut être l’utilité de Dieu dans le monde actuel?

Il faut dire que nous sommes passés d’une époque où il était inconcevable de ne pas croire en Dieu, à une époque où la foi n’est plus qu’une option parmi d’autres.

J’ai tenté de rendre Dieu signifiant pour l’homme et la femme d’aujourd’hui. J’ai essayé de donner à Dieu sa chance d’exister.

Quelque chose de comparable, dans l’ordre de la nature, à la recherche de ses parents biologiques quand on les a perdus. Qui n’a pas entendu parler de la nostalgie de la recherche de nos origines, celle de retrouver ceux à qui l’on doit la vie? J’imagine que c’est un peu comme cela avec Dieu. Un jour ou l’autre nous éprouvons le besoin de retrouver nos origines spirituelles, surnaturelles et divines, de renouer avec l’Auteur de notre vie, celui qui nous a créés.

Où suis-je rendu dans ma propre foi?

Mais c’est ici que je vis un curieux de paradoxe. J’ai parlé de la foi des autres, mais je me pose à moi-même la question : Où suis-je rendu dans ma foi?

1·         Après avoir tenté de légitimer Dieu, on dirait qu’il devient moins évident pour moi. On dirait qu’il se dérobe.

C’est comme si Dieu voulait me faire comprendre ceux qui ne croient pas.

Si Dieu était pour moi d’une totale évidence, il n’est pas sûr que je comprendrais ceux qui doutent ou qui ne croient pas.

2·         Même après avoir tenté de rendre Dieu signifiant pour les autres, je dois le rendre constamment signifiant pour moi, jour après jour.

Je suis un peu comme cet homme qui entre dans une église et fait cette prière à Dieu :

«Avant je doutais de moi. Je me suis mis à croire en vous, ce qui m’a donné confiance en moi. Maintenant que je crois en moi, je doute de vous.»

                   (Quelques mystiques de Sempé, Deno)

La foi demeure pour moi un clair-obscur, même en essayant d’apporter Dieu aux autres, je cherche Dieu. Je suis en état de recherche constante de Dieu.

Je le perds, je le trouve, je le perds, je le trouve.  Une réalité évanescente.

Ma foi est liée cette question : «Dieu où es-tu?», ce que j’appelle le «cri primal de Dieu».  Ce cri je l’ai lancé à Dieu bien des fois ma vie?

Un jour, au plus fort de son épreuve, Teilhard de Chardin lança à Dieu cette plainte qui pourrait fort bien être la nôtre :

«Pourquoi, Seigneur? Tes créatures se tiennent devant toi, éperdues et angoissées, implorant ton aide; et il te suffirait, si tu existes, pour les faire accourir vers toi, de montrer un rayon de ton regard, le bord de ton manteau; mais toi, que ne le fais-tu?[1]»

Dans la Genèse, après sa faute, Adam se cache et Dieu l’interpelle ainsi : «Adam où es-tu?» À leur tour, l’homme et la femme modernes interpellent leur Créateur: «Dieu où es-tu?». Ce qui nous oblige à lire maintenant la Genèse à l’envers.

 

Comment mieux dire qu’Hubert Reeves qui écrit dans Malicorne :

«C’est tout ailleurs que Dieu maintenant se situe. On le rencontre au niveau des interrogations, et non plus au niveau des certitudes. Il prend sa place dans le voyage intérieur de chacun d’entre nous. Il est la trame secrète de ce parcours qui se poursuit tout au long de l’existence. On le trouve mêlé à nos angoisses et à nos questions sur le sens profond des choses. Il est en relation avec cette conviction intime que, au-delà  de ce qui se donne à voir, il y a «quelque chose» dans lequel nous sommes profondément, vitalement, existentiellement impliqués»

Tous ces aspects qu’évoque Hubert Reeves occupent le champ quotidien de la conscience humaine. C’est avec ces questions que nous vivons jour après jour sans toujours trouver des réponses satisfaisantes. Mais ce champ de questionnement est aussi celui où Dieu nous rejoint.

 

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Si vous me demandez «Crois-tu en Dieu?», pour y répondre j’emprunterais volontiers la réponse du théologien Jean Des clos qui avouait un jour:

«Je ne sais pas de certitude absolue que Dieu existe, que les anges et les archanges peuplent le ciel, que les livres saints sont inspirés, que Jésus est le Fils de Dieu, que l’Esprit agit dans les cœurs. Mais je sais que j’y crois, et que je ne suis pas le seul à y croire.» (L’anthropologie spirituelle, collectif de textes sous la direction de Jean Des clos, Médias paul, 2001, p. 114-115)

Certes, j’ai rencontré Dieu, mais ça n’a jamais été le coup de foudre. Je n’ai jamais atteint l’ivresse de Dieu et encore moins la «folie» de Dieu.

Toutes les soifs de ma vie se sont disputées celle de Dieu. Beaucoup de ces soifs se sont présentées à moi comme des mensonges. D’autres m’ont appris que je n’étais pas aussi vertueux que je ne le pensais. Mais en même temps, chaque source à laquelle je me suis abreuvé m’a révélé, comme pour la Samaritaine de l’Évangile, que seule l’eau de la vie éternelle pouvait rassasier

Il y en a qui prouvent Dieu par l’amour qu’ils ressentent pour lui. Je sais, pour avoir échoué bien des fois, qu’on n’approche pas Dieu par le raisonnement. Dieu ne se comprend pas rationnellement. Emmanuel Kant l’a vu mieux que les théologiens et les Pères de l’Église quand il affirmait que Dieu n’est pas un savoir, mais une croyance. Dieu, s’il existe, fait partie des réalités cachées, profondes, mystérieuses, impalpables, qui s’éprouvent plus qu’elles ne se prouvent.

Conclusion

Au terme de mon témoignage ce que je pourrais vous dire de mieux sur ma foi serait ceci :

J’appartiens à la catégorie de ceux qui ont parié sur Dieu et qui entendent tenir leur pari jusqu’au bout. Ma foi personnelle relève plus d’un parti-pris que d’une certitude. Elle est tributaire d’un choix ou, comme le dit Pascal, d’un «pari».

Pour expliquer mon choix, voici une petite parabole fort lumineuse empruntée à un pasteur protestant:

«Un homme monte sur un chemin de montagne. À la main, il porte un flambeau avec détermination, et pourtant il trébuche presque à chaque pas. En effet, il est aveugle. «Mais alors, lui dit-on, ce flambeau, pourquoi vous en encombrer?» Et l’aveugle de répondre: «En portant ce flambeau, je veux faire honneur à la lumière que je ne vois pas. Je veux porter haut le flambeau de la lumière et servir la vérité que je ne vois pas. Je porte ce flambeau gratuitement, par espérance en la vérité de la lumière. Je le porte par la foi.»

 


Teilhard de Chardin, cité par V. Messori dans Hypothèses sur Jésus, Éditions Mame, 1978, p. 18.

Hubert Reeves, Malicorne. Réflexions d’un observateur de la nature, Le Seuil, coll. «Science ouverte», 1990. Édition de poche dans la collection « Points Sciences », septembre 1995, janvier 1998.

Publié dans 2011