Nos peurs

Quelles sont nos peurs ?

Il n’y a pas si longtemps, j’écoutais une personne me partager ses difficultés en lien avec ses relations affectives. Je ne sais si c’est le fait de l’avoir écouté avec bienveillance mais à  un moment donné, elle m’a alors confié la honte qu’elle ressentait face à  la prise de conscience de ses manques. Comme le lépreux de l’évangile de ce dimanche, elle avait simplement le goût d’aller se cacher parce que, me disait-elle, c’est mal, ce n’est pas beau d’être aussi misérable.

En l’écoutant j’étais à  la fois profondément émue et choqué. Émue par la profondeur de sa détresse qui la faisait se sentir perdue et triste. Choqué du pouvoir des mensonges qui la hantaient et qui lui laissaient croire que nos fragilités sont des maladies honteuses qui doivent nous tenir à  l’écart comme les lépreux de l’évangile.

Comme Jésus en présence du lépreux, j’ai senti monter en moi un désir brulant de justice et de vérité. Sa peur qu’elle nommait honte, et dont elle se sentait recouverte, était simplement la manifestation extérieure d’un mal beaucoup plus profond. Pris de pitié pour cette personne, parce que je ne pouvais rester insensible à  sa misère et à  sa plainte, j’ai senti, à  ce moment-là, que l’amour de vérité désirait lui parler à  travers mes mots. Il voulait la libérer du regard sévère et mensonger qu’elle portait sur les difficultés vécues dans ses relations affectives, qui se veulent simplement une fragilité de son humanité blessée. Intérieurement, tout en l’Écoutant, je suppliais le Seigneur avec les mots du psaume 101 (102) qui devenaient en moi «paroles vivantes» pour l’autre : «N’oublie pas, Seigneur, le cri des malheureux. Entends sa prière : que son cri parvienne jusqu’ à  toi ! Ne lui cache pas ton visage le jour où elle est en détresse ! Psaume 101 (102)

Dans le très beau texte «Oser la fragilité» d’Anne Ricou, paru dans la revue Panorama de janvier 2009, on peut lire entre autre ceci : Se reconnaitre fragile, le début du chemin. C’est se mettre en mouvement. «Reconnaitre que l’on a des choses à  travailler, c’est une prise de responsabilité, le départ d’un chemin de croissance sur le plan psychologique ou spirituel, selon que l’on est croyant ou pas». C’est découvrir que «j’ai besoin des autres et de leur bienveillance». Je reconnais alors que nous avons tous nos espaces de fragilité.  C’est aussi permettre une plus grande vérité dans la relation. Conscients que nous sommes fragiles, nous sommes plus attentifs aux autres.  «La plus grande souffrance, quand on souffre, c’est d’être seul».

En terminant, je me permets de vous conseiller fortement cette revue qui se veut riche en témoignages et textes plus beaux les uns que les autres.

Judith Vézina, Rocher Sprirituel

Publié dans Février 2009