Un bien long apprentissage

Un bien long apprentissage

À ’heure où Jésus passait de ce monde à  son Père, il disait à  ses disciples. «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.» C’est- à -dire demeurez dans le même amour que mon Père m’a aimé. Jésus sait qu’il est sur le point de quitter ses apôtres afin de s’en retourner vers son Père. Il sait que son départ laissera un grand vide dans le cœur de ceux-ci. Il y a de ces personnes, qui lorsqu’elles nous quittent, dont on a peine à se séparer. On se demande même comment il sera possible de vivre sans elles. J’imagine que les apôtres Étaient habités par une telle inquiétude face au départ imminent de Jésus.

Toutefois, Jésus conscient et sensible à  leur fragilité prend le temps de les rassurer. IL se met donc à  les préparer à  cette séparation. Jésus associe ses apôtres à  sa mission. Pour cela il faut qu’IL leur transmettre son savoir. Ils les considèrent non plus comme des serviteurs mais comme ses amis. IL leur fait des confidences importantes nous dit saint Jean. Ce dernier porte une attention particulière aux précieuses indications données par Jésus avant son ascension vers le Père. Si vous voulez continuer à  répandre l’amour, une condition essentielle est nécessaire : demeurez dans mon amour. Jésus leur partage son secret le plus précieux. C’est en se laissant aimer par son Père, en accueillant son amour qu’IL comprit de quel amour Dieu l’invitait à  aimer l’humanité. Toutefois, c’est en se laissant aimer en premier qu’Il a pu à  son tour aimer ceux à  qui il était envoyé. L’Amour véritable ne peut se diffuser que si on a pris le temps de le recevoir. C’est seulement l’amour qu’on a reçu qui donne le goût d’Être meilleur et d’aller le répandre sur les autres.  L’amour engendre l’amour. Et cet engendrement produit à  son tour la joie chez celui qui le répand autant que chez celui qui le reçoit. C’est à  travers ce mouvement du recevoir et du don que Dieu peut se laisser toucher à  travers l’humain. Car l’amour de Dieu se caractérise par une circulation d’amour trinitaire.

J’aurais beau parler toutes les langues, celles des hommes et celles des anges.

Si je n’ai pas l’amour, je ne suis qu’un métal qui résonne, une cymbale qui retentit.

J’aurais beau avoir le don de prophétie, connaitre tous les mystères et posséder toute la science. J’aurais beau avoir la foi la plus puissante capable même de déplacer les montagnes, si je n’ai pas l’amour je ne suis rien. J’aurais beau donner tous mes biens aux pauvres, livrer mon corps aux flammes, si je n’ai pas l’amour cela ne me sert à  rien.

 Nombreux d’entre nous connaissent cette belle chanson inspirée par la première Épitre aux Corinthiens. L’Amour demeure premier! Tout le reste prend sa valeur dans la mesure où il est habité par l’amour. Jésus se devait de transmettre cette condition essentielle qu’il avait expérimentée tout au long de son séjour sur la terre. À ses apôtres qu’il considérait maintenant comme ses intimes, ses amis proches, IL leur a transmis le plus précieux qu’il a lui-même appris de son Père. On ne peut donner que si on accepte de recevoir. C’est en se déposant dans l’amour reçu qu’on peut transmettre l’amour. Seul l’amour reçu et partagé donnera à  son tour un fruit qui demeure.

À la suite des apôtres Jésus nous invite nous aussi à  donner non pas seulement à  partir de nous-mêmes mais en nous tournant vers le Père. En lui demandant inlassablement la grâce de recevoir afin que le débordement d’amour reçu puisse rejaillir sur les autres. «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et Établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure.» Dieu nous a choisis non pas pour donner! Mais IL nous a choisis en premier pour recevoir son amour. Le don, le fruit qui demeure, se voulant alors une manifestation de l’Amour Divin que nous aurons d’abord accueilli en nous. C’est uniquement à  cette condition que nous nous surprendrons à  aimer comme lui nous a aimés. Long apprentissage direz-vous ? Il nous faut commencer et recommencer souvent non pas à  chercher à  aimer les autres mais surtout à  consentir à  se laisser aimer par Dieu à  la manière dont Jésus lui-même s’est laissé aimer.

Judith Vézina, Rocher Spiritue

Publié dans Mai 2009