Une confiance qui supporte le plus faible.

La situation Économique actuelle nous oblige à  nous serrer les coudes. “Dans son discours prononcé lors de son investiture à  la présidence des États-Unis, Barack Obama nous dit entre autres ceci : «Aux habitants des pays pauvres, nous promettons de travailler à vos terres pour faire en sorte que vos fermes prospèrent et que l’eau potable coule, de nourrir les corps affamés et les esprits voraces».- On ne peut plus se permettre comme société et surtout comme personne qui la constitue, de demeurer insensible et passif face à  la misère de l’autre, des autres. On ne se construit pas seul. Les autres humains, qu’ils le veulent ou non, sont interdépendants. Une des grandes souffrances de ce monde, comme je le mentionnais dans ma réflexion de la semaine dernière, c’est d’être seul face à sa misère.

Toutefois, dans bien des cas, et pour toutes sortes de raisons, la tentation est forte de vouloir avoir le contrôle sur nos vies et ne rien devoir à personne, et encore moins à  Dieu. Ou bien encore, nous vivons nos vies comme une fatalité sur laquelle nous n’avons aucune prise, et nous demeurons «paralysés» par notre passé et les Écorchures qu’il a laissées en nous. Nous sommes souvent partagés entre ces deux approches. Alors que la suffisance nous emprisonne dans une attitude exaltante de toute-puissance qui nous ferme à  l’autre, la résignation nous maintient dans une sorte «d’aquoibonite», c’est à -dire une attitude défaitiste qui nous fige dans la passivité. S’aventurer dans une direction ou dans l’autre, nous «déshumanise», car elles nous Éloignent de nous-mêmes et des autres.

Dans l’Évangile de ce dimanche (Saint Marc 2, 1-12), un paralysé est conduit par quatre hommes jusqu’ à Jésus. Probablement des gens proches de lui qui Étaient sensibles à  sa misère et qui désiraient lui apporter leur aide. Ils font face à  un obstacle : la foule immense. Ils ne se laissent pas arrêter. Ils sont habiles et trouvent une solution pour conduire leur ami malade à  Jésus: passer par le toit. Ce dernier voyant leur foi se fait attentif au besoin du paralysé. Il Était incapable d’arriver à  Jésus tout seul. Sans l’aide de ceux qui le portent, il n’aurait pas pu se rendre jusqu’ à  lui. Difficile, voire impossible, d’arriver par nos simples moyens jusqu’ à  Jésus, lorsque nous sommes paralysés par nos peurs, nos fragilités et les fausses croyances qui biaisent la vérité sur nous-mêmes et sur Dieu. Il faut alors accepter que d’autres croyants nous y conduisent. Quand nous ne pouvons plus bouger, c’est en s’appuyant sur eux, sur leur confiance, que nous serons portés. Mais il serait faux de croire que le paralysé demeure inactif dans la transformation que Jésus produit en lui. Il répond à  l’appel que Jésus lui fait : «Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi».

C’est à  la fois l’intervention confiante de ses proches, la parole vivifiante de Jésus et le «oui» du paralysé à  un plus de vie qui transforment sa vie. À ce moment-là, il lui devient possible de reprendre une vie normale : il se tient debout et se remet à  marcher. Cette parabole nous enseigne sur la puissance de résurrection du Christ vivant, qui a le pouvoir de rétablir les gens dans leur dignité. Elle a Également pour objectif de nous rappeler l’importance de la fonction d’intermédiaire que nous sommes invités à  occuper selon nos appels entre les «paralysé» de la vie et la parole de Dieu qui guérit.

Cette alliance «humano-divine», c’est à  dire cette conjugaison entre l’action humaine confiante et l’intervention vivifiante de Jésus, a pour effet de donner un nouvel Élan de vie au paralysé : Aussitôt il prit son brancard, et sortit devant tout le monde. Cet homme est alors animé par un souffle de vie qui lui permet de se tenir debout et qui le remet en route.

Dieu est sensible à  notre misère humaine et il manifeste sa présence aimante et libératrice par le biais d’intermédiaires. Pour le paralysé, la visite de Dieu passe par les porteurs et par Jésus. Il vient jusqu’ à  nous par des voies inattendues qui prennent visages d’amis, d’intervenants, de proches, dont la foi est plus grande que nous et nous transportent au-delà  de notre misère, vers un plus Être. Leur rôle n’est pas de remplacer Dieu mais de nous y conduire. La paralysie sous toutes ses formes peut nous figer longtemps dans de l’immobiliste et du défaitiste. Nous perdons alors le goût de vivre et de marcher. Il est d’autant plus nécessaire, pour ne pas dire essentiel, de nous mettre encore et encore à  l’Écoute de l’appel de Jésus qui nous invite à  nous lever : «Prends ton brancard, c’est à dire prends ton humanité blessée, l’impuissance actuelle qui t’habite, et porte le au lieu de te laisser porter par lui».

 Dans ce texte de saint Marc, nous pouvons facilement trouver des ressemblances au paralysé et aux porteurs qui l’ont amené jusqu’ à  Jésus. Au cours de notre expérience humaine, il nous est donné ou il nous sera donné, d’Être soit l’un ou l’autre. Si nous avons eu cette grâce d’avoir été porté par la foi des autres, ne pourrions-nous pas à notre tour, en nous appuyant sur notre foi au vrai Dieu, devenir pour les autres des porteurs afin qu’ils puissent accéder à  la «Parole de Vie» qui transforme?

Judith Vézina, Rocher Spirituel

Publié dans Février 2009